Le test d’écoute est le pivot du diagnostic audiopsychophonologique. Ce module est consacré à la technique de passation — c’est-à-dire à tout ce que le praticien doit savoir et faire concrètement pour obtenir des courbes fiables, reproductibles et cliniquement exploitables. Le Module 13 qui suit en décrira la signification clinique et l’interprétation. Une mauvaise passation génère des courbes fausses et, par conséquent, un diagnostic erroné et un protocole inadapté. La rigueur technique est ici incontournable.
Rappel fondamental : le test d’écoute Tomatis n’est pas un audiogramme au sens médical du terme. L’audiogramme clinique mesure des seuils auditifs absolus dans le but de détecter une pathologie organique de l’oreille. Le test d’écoute mesure la dynamique de l’écoute — c’est-à-dire non seulement ce que le sujet entend, mais comment il écoute, avec quelle attitude, quelle sélectivité, quelle latéralité et quelle précision de localisation spatiale. L’audiomètre est l’outil ; l’interprétation clinique est l’art.
L’audiomètre — description et composants
L’audiomètre utilisé pour le test d’écoute Tomatis est un audiomètre à sons purs — c’est-à-dire qu’il génère des sons purs à des fréquences et des intensités précises. Il se compose de plusieurs éléments essentiels :
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Le générateur de tons purs : produit des sons à des fréquences allant généralement de 125 Hz à 8 000 Hz pour la conduction aérienne, et de 250 Hz à 4 000 Hz pour la conduction osseuse. Certains modèles étendent la plage jusqu’à 16 000 Hz, mais pour le test d’écoute Tomatis, les fréquences standard suffisent.
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L’atténuateur d’intensité : permet de régler le niveau sonore en décibels (dB HL — Hearing Level), généralement de –10 dB à 120 dB par pas de 5 dB. C’est ce réglage qui détermine l’intensité du son présenté au sujet.
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Le casque de conduction aérienne : casque supra-auriculaire standard (TDH-39 ou équivalent) qui délivre le son par voie aérienne à chaque oreille indépendamment. L’écouteur droit est généralement identifié par un marquage rouge, le gauche par un marquage bleu.
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Le vibrateur osseux : petit transducteur qui se pose sur l’os mastoïde (derrière l’oreille) ou sur le front, et qui transmet les vibrations directement à l’oreille interne par conduction osseuse, court-circuitant l’oreille externe et moyenne.
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Le bouton réponse : petit poussoir remis au sujet, qu’il presse chaque fois qu’il perçoit le son. Dans certains protocoles, on peut également demander au sujet de lever la main.
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L’audiogramme vierge : feuille standardisée sur laquelle le praticien reporte manuellement les résultats au fur et à mesure. La convention audiométrique médicale internationale utilise : O rouge = oreille droite aérien, X bleu = oreille gauche aérien, crochets ([ ou ]) = conduction osseuse. Le test d’écoute Tomatis utilise une convention différente et indépendante : la courbe aérienne est tracée en bleu et la courbe osseuse en rouge — quelle que soit l’oreille testée. Ces deux systèmes de notation ne doivent pas être confondus.
**⚠️ Attention — Convention Tomatis ≠ Audiogramme médical **Dans l’audiométrie médicale standard, le rouge désigne l’oreille droite et le bleu l’oreille gauche (symboles O et X). Dans le test d’écoute Tomatis, le bleu désigne la courbe aérienne et le rouge la courbe osseuse, quelle que soit l’oreille testée. Les praticiens issus du milieu ORL doivent veiller à ne pas transposer leurs habitudes de lecture sur le graphique Tomatis, sous peine d’interprétation erronée.
Préparation de la salle et du patient
La qualité de la passation commence bien avant que le sujet ne pose le casque sur ses oreilles. L’environnement et la relation avec le patient sont des conditions déterminantes pour obtenir des résultats fiables.
Conditions acoustiques de la salle :
La passation doit idéalement se dérouler dans une salle silencieuse, dont le niveau de bruit ambiant ne dépasse pas 35 dB(A). Un bruit de fond trop élevé peut masquer les sons de faible intensité et fausser les seuils. À défaut d’une cabine insonorisée, choisir la pièce la plus calme du cabinet, éloignée des sources de bruit extérieur (rue, couloir, climatiseur). Fermer la porte et fenêtres, éteindre les équipements bruyants.
Position du sujet et du praticien :
Le sujet doit être installé confortablement, de dos ou de profil par rapport au praticien — jamais face à lui pendant la passation. Cette disposition est fondamentale : le sujet ne doit pas pouvoir observer les gestes du praticien sur l’audiomètre ni lire son expression faciale, ce qui biaiserait ses réponses. Il doit regarder droit devant lui ou légèrement incliné vers le bas, sans effort particulier. Lui demander de se détendre et de respirer normalement.
Instructions données au sujet :
Les consignes doivent être claires, brèves et identiques pour chaque passation afin de garantir la reproductibilité. On peut formuler ainsi : « Je vais vous présenter des sons de différentes hauteurs et de différents volumes. Chaque fois que vous entendez un son, même très faible, même si vous n’en êtes pas certain, appuyez sur le bouton. Ne restez pas à attendre d’être sûr : si vous pensez avoir entendu quelque chose, signalez-le. » Pour les enfants très jeunes, on peut adapter la consigne : « Quand tu entends quelque chose dans ton casque, appuie sur le bouton, comme ça. »
Avec les enfants de moins de cinq ans ou les personnes ne comprenant pas bien les consignes verbales, on peut utiliser l’audiométrie comportementale : le sujet doit réaliser une tâche (mettre un jeton dans une boîte, empiler des cubes) chaque fois qu’il entend le son. Cette technique, appelée audiométrie par renforcement conditionné, donne des résultats fiables dès l’âge de deux ans et demi environ.
Vérification du matériel avant la passation :
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Allumer l’audiomètre et laisser chauffer 2 à 3 minutes.
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Vérifier l’état des câbles et des coussins du casque — un coussin détérioré laisse passer le bruit ambiant et fausse les mesures.
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Vérifier que le bouton réponse fonctionne correctement.
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Vérifier l’étalonnage de l’audiomètre (calibration annuelle recommandée pour les appareils utilisés en clinique).
Passation de la courbe aérienne
La courbe aérienne est toujours réalisée en premier. Elle explore le fonctionnement de l’oreille externe et de l’oreille moyenne — tympan, osselets, muscles du marteau et de l’étrier. Sur le graphique, elle sera tracée en bleu.
Mise en place du casque :
Placer le casque sur la tête du sujet en veillant à ce que les écouteurs soient centrés sur le conduit auditif externe de chaque oreille. Le casque ne doit pas être trop serré (inconfort) ni trop lâche (déplacement en cours de passation). Si le sujet porte des lunettes ou des boucles d’oreilles volumineuses, les retirer pour garantir le bon positionnement des écouteurs.
Choix de l’oreille de départ :
Par convention, on commence par l’oreille considérée comme la meilleure — généralement l’oreille droite chez la majorité des sujets. Si le sujet signale d’emblée une différence entre les oreilles, commencer par la meilleure. Cette règle vise à éviter le phénomène de fatigue auditive qui peut baisser les seuils si l’on commence par l’oreille la plus sollicitée.
Méthode de détermination du seuil — la méthode ascendante :
Pour chaque fréquence, la procédure standard recommandée en audiométrie clinique est la méthode ascendante (méthode de Hughson-Westlake (méthode ascendante par bracketing) :
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Commencer à 1 000 Hz (fréquence de référence, la mieux perçue par la majorité des sujets).
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Présenter un premier son à 40 dB HL — une intensité confortable, audible sans difficulté pour la plupart des gens. Si le sujet répond, c’est le point de départ.
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Descendre par paliers de 10 dB jusqu’à ce que le sujet ne réponde plus. On est alors sous le seuil.
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Remonter par paliers de 5 dB HL. Le seuil est défini comme le niveau auquel le sujet répond à au moins 50 % des présentations — définition psychophysique du seuil. En pratique, le critère retenu est 2 réponses positives sur 3 présentations à un même niveau (soit 66 %, par convention clinique).
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Reporter le seuil sur l’audiogramme et passer à la fréquence suivante.
Après 1 000 Hz, l’ordre classique de passation est : 2 000 Hz, 4 000 Hz, 8 000 Hz, puis 500 Hz, 250 Hz et enfin 125 Hz. Cette progression permet de vérifier la cohérence des résultats en repassant par 1 000 Hz en fin de séquence — si le seuil a changé de plus de 5 dB HL, la passation manque de fiabilité.
Durée et rythme de présentation des sons :
Chaque son doit être présenté pendant une durée de 1 à 2 secondes. L’intervalle entre les sons doit être variable (1 à 3 secondes) pour éviter que le sujet ne réponde de façon anticipée ou rythmique sans véritablement entendre. Une présentation trop régulière conditionne le sujet et biaise les résultats.
Observer attentivement les comportements du sujet pendant la passation : hésitations, fausses réponses (réponse sans son présenté), comportements de sur-attention ou d’indifférence. Ces observations cliniques enrichissent considérablement la lecture des courbes. Un sujet qui répond à des sons non présentés (fausses alarmes) montre une anxiété ou une sélectivité excessivement ouverte. Un sujet qui ne répond pas à des sons pourtant audibles montre une surdité psychologique ou une démotivation de l’écoute.
Passation sur l’oreille controlatérale :
Recommencer la même procédure sur l’oreille gauche. En audiométrie clinique, si la différence de seuil entre les deux oreilles dépasse 40 dB HL pour la conduction aérienne, on utilise un bruit de masque dans la meilleure oreille pour éviter que celle-ci n’entende les sons destinés à la mauvaise oreille (phénomène de diaphonie). Dans le cadre du test d’écoute Tomatis, ce cas est rare, car les seuils sont rarement aussi asymétriques en l’absence de pathologie organique.
Passation de la courbe osseuse
La courbe osseuse explore le fonctionnement de l’oreille interne — cochlée et vestibule. Elle est réalisée après la courbe aérienne et tracée en rouge sur l’audiogramme. Sa plage de fréquences est plus réduite : de 250 Hz à 4 000 Hz.
Mise en place du vibrateur osseux :
Retirer le casque aérien. Placer le vibrateur osseux sur l’apophyse mastoïde — la petite protubérance osseuse située derrière le pavillon de l’oreille. Le maintenir en place avec le serre-tête fourni avec l’audiomètre. Il est important que le vibrateur soit en contact direct avec l’os, sans cheveux ou tissu intercalé qui atténueraient la transmission. La pression d’application doit être régulière — environ 400 à 500 grammes — pour garantir un couplage osseux constant. La plupart des vibrateurs modernes sont conçus pour maintenir automatiquement cette pression.
Pour la mesure en conduction osseuse, on teste généralement une oreille à la fois en plaçant le vibrateur du côté de l’oreille testée. Cependant, en raison de la conduction osseuse bilatérale (le crâne transmet les vibrations aux deux oreilles simultanément), un masquage de l’oreille controlatérale peut être nécessaire dans certains cas, notamment lorsque les seuils osseux et aériens diffèrent significativement.
Procédure de passation :
La méthode est identique à celle de la courbe aérienne — méthode ascendante, mêmes fréquences dans l’ordre recommandé (1 000 Hz en premier), mêmes critères de seuil (50 % des réponses). L’intensité de départ est généralement la même — 40 dB HL — mais les seuils osseux sont habituellement égaux ou meilleurs (plus bas) que les seuils aériens chez un sujet sans pathologie de l’oreille moyenne. Une différence de plus de 10 dB HL entre les seuils aérien et osseux à une fréquence donnée indique une différence air-os (Rinne négatif dans la terminologie ORL standard), suggérant une atteinte de l’oreille moyenne.
Dans la lecture Tomatis, rappelons que la courbe osseuse représente la vie intérieure du sujet — sa résonance interne, sa relation à lui-même et à sa mère. Elle doit normalement se situer sous la courbe aérienne (valeurs numériquement inférieures, donc meilleures), et les deux courbes doivent être parallèles et ascendantes. Toute inversion de cet ordre — courbe osseuse au-dessus de la courbe aérienne — signale un sujet replié sur lui-même dont l’oreille moyenne est psychologiquement freinée.
Passation de la sélectivité
La sélectivité est un paramètre spécifique au test d’écoute Tomatis qui n’existe pas dans l’audiométrie clinique standard. Elle mesure la capacité du sujet à discriminer des sons proches en fréquence — autrement dit, la finesse de son analyse tonale.
La procédure consiste à présenter au sujet deux sons de fréquences très proches, séparés par un intervalle de quelques hertz, et à lui demander s’il perçoit une différence entre les deux. On commence par des écarts importants (par exemple, 500 Hz et 600 Hz) que tous les sujets distinguent facilement, puis on réduit progressivement l’écart jusqu’à atteindre le seuil de discrimination — la plus petite différence perçue. Ce seuil s’appelle le « just noticeable difference » (JND) ou limen différentiel de fréquence.
Une sélectivité « ouverte » correspond à un seuil de discrimination fin — le sujet perçoit de petites différences entre les sons. Une sélectivité « fermée » correspond à un seuil élevé — le sujet ne distingue que des sons très différents. Cliniquement, une sélectivité fermée signale que le rideau est baissé : l’oreille perçoit les sons globalement, sans les analyser. Cela génère des difficultés de discrimination phonologique, de lecture, de compréhension dans le bruit, et une fatigue auditive rapide.
La passation de la sélectivité doit être réalisée dans les mêmes conditions de calme que les courbes. Elle peut être effectuée à une fréquence de référence unique (généralement 1 000 Hz) ou à plusieurs fréquences clés (500 Hz, 1 000 Hz, 2 000 Hz) selon le protocole utilisé par le cabinet.
Passation des erreurs de spatialisation
Les erreurs de spatialisation constituent un paramètre original du test d’écoute Tomatis, absent de l’audiométrie clinique standard. Elles mesurent la capacité du sujet à identifier correctement l’oreille par laquelle il reçoit le son.
Procédure :
Le sujet porte le casque. Le praticien présente un son par l’écouteur droit uniquement et demande au sujet : « Dans quelle oreille entendez-vous ce son ? » Puis on présente le son par l’écouteur gauche uniquement, et on pose la même question. On répète cette opération à plusieurs fréquences (généralement 500 Hz, 1 000 Hz et 2 000 Hz) et de manière aléatoire — parfois droite, parfois gauche — pour éviter que le sujet anticipe la réponse.
Une erreur de spatialisation se produit lorsque le sujet décrit avoir entendu le son dans l’oreille opposée à celle par laquelle il a été présenté. Par exemple, le son est envoyé à droite, mais le sujet dit l’avoir entendu à gauche. Le nombre d’erreurs sur le total des présentations donne le taux d’erreurs de spatialisation. Plus ce taux est élevé, plus le sujet a de difficultés à se concentrer, à localiser les sons dans l’espace et à fixer son attention auditive. Un taux faible (zéro ou une erreur) indique une bonne certitude dans l’écoute et un bon contrôle de la voix.
Détermination de la latéralité auditive
La latéralité auditive détermine quelle oreille le sujet utilise spontanément comme oreille directrice pour réguler sa production vocale. Elle ne se mesure pas par un seuil, mais par une observation comportementale complétée par une épreuve spécifique.
Observation comportementale pendant la passation :
Lors de la passation de la courbe aérienne, observer attentivement de quel côté le sujet tend l’oreille quand on lui parle, quelle oreille il oriente vers la source sonore lors d’une conversation. Si la main droite d’un sujet repose spontanément sur l’écouteur droit lors d’une écoute attentive, c’est un indicateur de latéralité droite fonctionnelle. L’inverse suggère une latéralité gauche.
Épreuve de latéralité auditive par test dichotique :
Le test le plus utilisé dans le cadre Tomatis est le test dichotique simple : le praticien présente simultanément deux chiffres ou deux mots différents — un dans chaque oreille — et demande au sujet ce qu’il a entendu. L’oreille dominante est celle dont le stimulus est le mieux mémorisé et le plus souvent cité en premier. Un sujet à latéralité droite bien établie rapportera systématiquement en premier le mot reçu par l’oreille droite, même si l’intensité est identique dans les deux oreilles.
La latéralité peut également être évaluée en comparant les seuils des deux oreilles sur la courbe aérienne : l’oreille dominante présente généralement des seuils légèrement meilleurs (plus bas) que l’oreille non dominante, particulièrement dans les fréquences médianes et aiguës du langage (1 000 à 4 000 Hz). Cette différence est souvent subtile — de 5 à 10 dB — mais révélatrice de l’organisation auditive du sujet.
Report des résultats et tracé des courbes
Une fois les mesures effectuées, les résultats sont reportés sur l’audiogramme. La convention graphique du test d’écoute Tomatis diffère légèrement de celle de l’audiométrie clinique standard :
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L’axe horizontal représente les fréquences de gauche à droite (des graves vers les aigus) : 125 Hz, 250 Hz, 500 Hz, 1 000 Hz, 2 000 Hz, 4 000 Hz, 8 000 Hz.
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L’axe vertical représente l’intensité en dB HL (Hearing Level). Contrairement à l’audiogramme clinique, où les valeurs basses (meilleure audition) sont en haut, dans la représentation Tomatis, il est fréquent que l’axe soit orienté de façon à ce que les courbes montent de gauche à droite pour représenter une bonne écoute — ce qui correspond à des seuils qui restent bas (bonne audition) sur toute la plage fréquentielle.
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La courbe aérienne est tracée en bleu, la courbe osseuse en rouge. Les deux courbes doivent être asymétriquement séparées par l’espace de Rinne : la courbe osseuse égale ou légèrement meilleure que l’aérienne.
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Les erreurs de spatialisation sont notées à côté du graphique avec le détail par oreille et par fréquence.
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La sélectivité (ouverte ou fermée) et la latéralité (droite, gauche, mixte) sont mentionnées dans l’en-tête du formulaire.
Le tracé des courbes doit être réalisé immédiatement après la passation, pendant que les observations cliniques sont encore fraîches. Ne pas attendre la fin de la journée pour les reporter : des détails importants — une hésitation particulière à une fréquence, une réaction émotionnelle à un certain niveau d’intensité — peuvent s’évanouir de la mémoire du praticien.
Erreurs fréquentes à éviter
La fiabilité du test d’écoute repose sur la rigueur de la passation. Voici les erreurs les plus fréquemment observées en formation et la manière de les corriger :
1. Présenter les sons de façon trop régulière ou trop prévisible.
Un rythme de présentation régulier (un son toutes les deux secondes) conditionne rapidement le sujet, qui anticipe les sons sans véritablement les entendre. Varier systématiquement les intervalles entre les présentations.
2. Valider les fausses réponses sans les noter.
Lorsque le sujet appuie sur le bouton alors qu’aucun son n’a été présenté, noter scrupuleusement cette fausse alarme. Elle témoigne d’une hypervigilance auditive ou d’une anxiété de performance qui ont leur signification clinique propre.
3. Trop parler avec le sujet pendant la passation.
Le sujet doit être dans un état de détente attentive, pas d’interaction sociale. Les conversations pendant la passation modifient l’état d’activation auditive et biaisent les seuils. Les consignes doivent avoir été données avant de poser le casque.
4. Ne pas respecter l’ordre des fréquences ou oublier une fréquence.
Un audiogramme incomplet (par exemple, 125 Hz absent) empêche la lecture globale de la courbe. Utiliser un formulaire préimprimé avec toutes les fréquences listées pour ne rien oublier.
5. Mal placer le vibrateur osseux.
Un vibrateur posé sur les cheveux, ou légèrement décalé de la mastoïde, peut donner des seuils osseux faussement élevés (mauvaise transmission). Vérifier systématiquement la position avant chaque mesure osseuse.
6. Interpréter les courbes immédiatement devant le sujet.
La lecture et l’interprétation des courbes doivent se faire après la passation, hors de la présence du patient. Communiquer les conclusions lors d’un entretien clinique séparé, en choisissant les termes adaptés à l’âge et au niveau de compréhension du sujet et de sa famille.
Intégration avec les autres tests du bilan
Le test d’écoute ne se lit jamais isolément. Il prend tout son sens lorsqu’il est croisé avec les autres éléments du bilan audiopsychophonologique décrit dans le Module 11 :
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Les courbes aérienne et osseuse sont mises en relation avec l’histoire de vie recueillie lors de l’anamnèse — les événements périnataux, les otites à répétition, les traumatismes affectifs importants.
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La sélectivité et la spatialisation sont croisées avec les observations de la posture d’écoute et de la voix faites lors de l’entretien.
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La latéralité auditive est mise en relation avec la latéralité motrice évaluée par le test de latéralité décrit dans le Module 15.
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Les caractéristiques des zones 1, 2 et 3 des courbes sont confrontées aux dessins du test de l’arbre (Module 14) : un creux en zone 1 et des racines absentes ou tremblées dans le dessin forment un faisceau convergent très évocateur.
C’est cette lecture intégrée — technique et clinique, consciente et projective — qui fonde la spécificité du diagnostic audiopsychophonologique. Le praticien formé ne lit pas un audiogramme : il lit une personne à travers ses courbes d’écoute.
Condition de validité du test : l’enfant doit être en pleine santé
Règle absolue : le test d’écoute ne doit jamais être réalisé sur un sujet présentant une infection en cours — rhume, otite, sinusite, angine — ni dans les jours qui suivent immédiatement la guérison. Les raisons sont physiologiques :
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Les sinus obstrués ou infectés modifient la résonance et la capacité de filtrage des sons.
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La trompe d’Eustache obstruée empêche la membrane tympanique de vibrer normalement, abaissant artificiellement les seuils de conduction aérienne.
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La présence de mucus dans les voies nasales agit comme une barrière pour les ondes sonores, atténuant certaines fréquences de façon non représentative.
Illustration clinique (Marcysia, 5 ans) : test réalisé sur une fillette avec une infection d’oreille et de sinus non guérie. Résultat : abaissement majeur de la conduction aérienne à gauche, forte asymétrie inter-auriculaire, nombreuses erreurs de localisation. Le profil simulait un hypoacousie marquée — ce qui était faux. Après guérison complète, le test a montré des résultats normaux.
Conduite à tenir : toujours reporter la consultation et la thérapie jusqu’à guérison complète, y compris après une otite traitée par antibiotiques (attendre au minimum 2 semaines après la fin du traitement).
Complément — Courbe idéale, échelle du test et procédure complète
La courbe idéale
→ cf. Module 13 pour la description complète de la courbe idéale, son tracé, son échelle et ses implications. Non répétée ici (format vidéo).
Les quatre investigations de la passation
La passation complète comporte quatre investigations dans un ordre précis :
- Recherche des seuils — courbes aérienne et osseuse pour chaque oreille (125–8 000 Hz)
- Étude de la spatialisation auditive — notée en bas de grille à chaque fréquence
- Étude de la sélectivité — notée en haut de grille ; passation depuis les aigus
- Recherche de la latéralité auditive — audiolatérométrie (chiffre par oreille)
Procédure détaillée de la sélectivité
- Passer en conduction aérienne, à environ 40–60 dB
- Balayer les fréquences en commençant par les aigus (8 000 Hz → 125 Hz)
- Le sujet indique si le son est plus aigu, plus grave ou de même hauteur
- Les erreurs sont notées en haut de la grille
- Le blocage est indiqué par des traits hachurés à partir de la fréquence la plus grave erronée
Une sélectivité fermée à 1 000 Hz = blocage de la discrimination en dessous de 1 000 Hz. Rideau émotionnel actif.
Procédure de la latéralité — l’audiolatérométrie
- Oreille droite fixe ; oreille gauche variable
- 10 à 40 = dominance gauche
- 50 = pas de dominance
- Plus de 50 = dominance droite
🎯 Quiz — Module 12 : Passation du Test d’Écoute
⚠️ Validez ce quiz avant de continuer.
Q1. Décrivez l’allure de la courbe idéale.
Q2. Dans quel sens passe-t-on la sélectivité ?
A) Des graves vers les aigus
B) Des aigus vers les graves
C) Aléatoire
D) À partir de 1 000 Hz
Q3. Qu’indique une valeur d’audiolatérométrie de 50 ?
A) Dominance droite forte
B) Dominance gauche forte
C) Absence de dominance
D) Surdité
Q4. V/F — Le test d’écoute est identique à l’audiogramme ORL.
✅ Réponses
1. Ascendante à 6 dB/octave de 125 Hz à 2 000–3 000 Hz, puis légèrement descendante au-delà. Zone physiologique : ±15 dB autour de zéro.
2. B) Des aigus (8 000 Hz) vers les graves (125 Hz). Les erreurs sont notées en haut de grille.
3. C) Absence de dominance (indifférenciation). Ni droite ni gauche n’est préférée — situation problématique pour le contrôle vocal.
4. Faux. Le test d’écoute mesure la posture d’écoute (dimension active, psychologique, relationnelle). L’audiogramme mesure des seuils pathologiques en chambre sourde. Ils ne se comparent pas.